Qu’est-ce qu’une Eisbock ? Quand le froid sublime la bière
Dense, puissante, chaleureuse… Et si la bière pouvait être aussi complexe qu’un spiritueux, aussi rare qu’un vin de glace, et aussi réconfortante qu’un feu de cheminée ? Bienvenue dans l’univers de l’Eisbock.
Aux origines de l’Eisbock
L’Eisbock trouve ses racines en Bavière, berceau historique des bières de type Bock. La légende raconte qu’un fût de Doppelbock aurait été oublié dehors en plein hiver.
En gelant, la bière aurait perdu une partie de son eau, laissant derrière elle un liquide plus concentré, plus alcoolisé, plus riche.
Qu’elle soit accidentelle ou non, cette découverte a donné naissance à un style unique. Là où le Bock est déjà une bière de force et de malt, l’Eisbock pousse le curseur encore plus loin.
Même si cette technique est originaire d’Allemagne, elle est aujourd’hui nettement plus populaire en Pologne. Bien sûr, elle n’est pas répandue au point de pouvoir acheter ces bières partout, car elles sont toujours produites en quantités très limitées.
Le principe clé : la congélation
L’Eisbock n’est pas distillée. Elle est concentrée par le froid.
Concrètement, on refroidit la bière jusqu’à ce que l’eau gèle. Comme l’eau gèle avant l’alcool, on retire ensuite la glace et il ne reste qu’un liquide ultra-concentré. Pas de distillation, pas de tricherie : juste de la physique et un peu de patience.
Le résultat sera un concentré de bière, et donc plus de puissance, plus d’intensité et tout ça sans ajout d’alcool extérieur.
Arômes & dégustation
L’Eisbock est une explosion d’arômes très concentrés. On y retrouve des notes fruits secs (raisin, prune, figue…), de caramel, de pain grillé, et de cacao.
À servir idéalement à une tempéature entre 10 et 14°, dans un galopin car 12cl suffisent largement.
Parce qu’une Eisbock, ça se déguste, et que si vous essayez de tout avaler d’un coup, vous allez finir avec un mal de crâne et des regrets.
Accords mets & bière
L’Eisbock fonctionne souvent mieux en dehors du repas, comme digestif. Cette bière étant un concentré d’aromatique, il vaut mieux y mettre quelque chose qui lui tient tête en face comme :
- Des fromages très affinés
- Un desserts au chocolat noir
- Une cuisine riche ou gibier
Quelques suggestions
Le style étant rare par nature, les exemples ne sont pas légion. On trouve toutefois de très belles interprétations, aussi bien dans le monde craft que chez quelques brasseries plus établies.
On retrouve la série des Sacred Heart de la brasserie française La Débauche dont certaines éditions tapent les 26°.
On a aussi la série des “Iced Coffee Connoisseur, Moi ?” de la brasserie Dutch Bargain aux Pays-Bas. C’est très liquoreux, il ne faut pas avoir peur de faire une hyperglycémie car c’est vraiment très sucré.
Et pour finir, une interprétation plus classique de la brasserie Schneider Weisse en Allemagne avec la Aventinus Eisbock qui est bien plus légère que les précédentes suggestions, mais qui monte quand même à 12°.
Comme souvent avec l’Eisbock, ces bières sont produites en petites quantités, parfois millésimées, et rarement disponibles longtemps.
L’Eisbock aujourd’hui
L’Eisbock n’est clairement pas une bière pour tout le monde, et c’est précisément ce qui fait son intérêt. Elle s’adresse aux curieux, aux amateurs de nouvelles expériences.
Ce que j’aime particulièrement dans ce style, c’est qu’il appelle naturellement au partage. À moins d’être très courageux, quand on voit 20° écrit sur l’étiquette d’une bière on est pas envie d’affronter ça seul.
Ce n’est clairement pas une bière de terrasse en plein mois d’août. L’Eisbock se savoure plutôt au coin du feu, en hiver, quand il fait froid dehors, ou pour les plus téméraires, quand il faut faire descendre les deux kilos de raclette que l’on vient d’engloutir.
Si vous vous êtes déjà frotté·e à ce style ou que vous avez une anecdote de dégustation à raconter n’hésitez pas à m’envoyer un message sur mon Instagram ou Mastodon. Et si vous n’avez jamais osé, cet hiver est le moment idéal pour tenter l’expérience !